[Entrée codée : Secteur Delta Sud / 12h04 / Statut : contact visuel confirmé]
John Mackenzie – Journal de bord :
Début du signal :
Le feu brûlait
faiblement, protégé par des tôles pliées et des sacs de
sable.
Quatre silhouettes autour.
Des visages maigres,
poussiéreux, la peur au fond des yeux comme une braise jamais
éteinte.
Quand ils m’ont
vu approcher, j’ai levé les mains plus haut.
Ils ont crié de
s’arrêter.
L’un d’eux, une femme au foulard déchiré, a
pointé son arme sur moi.
Puis elle a vu la forme derrière —
massive, immobile, inhumaine.
« Pas un pas de plus ! »
Sa voix tremblait.
« Ce
truc-là, c’est quoi ?! »
J’ai répondu calmement :
« Un allié. Il m’a sauvé la vie. »
Rires nerveux,
insultes.
Un jeune a craché au sol :
« On sait comment ils “sauvent” les gens, Mackenzie. On connaît ton histoire. »
Le
Protecbot 055
n’a pas bougé.
Ses capteurs suivaient les armes, un à un,
comme s’il les mémorisait non pour riposter, mais pour comprendre
la peur.
« Je n’ai pas d’intention hostile, » a-t-il dit d’une voix
presque posée.
« Mensonge. Tous les robots disent ça avant de
tirer, » a répondu la femme.
J’ai alors fait un pas vers le feu.
« Écoutez-moi. Si on se bat encore entre nous, il n’y aura plus rien à défendre. Pas d’ennemi commun, pas d’avenir. »
Silence.
Le
feu a crépité.
Puis le plus vieux du groupe a parlé, d’une
voix lente :
« Et pourquoi on te croirait, toi ? »
J’ai cherché une réponse, mais le Protecbot 055 a parlé avant moi :
« Parce qu’il m’a laissé vivre. »
Le vieil homme l’a
regardé longtemps.
Puis il a abaissé légèrement son arme.
« Entrez. Mais si tu bouges trop vite, machine, je t’enfonce une balle dans le crâne. »
Nous nous sommes
assis autour du feu.
Personne ne parlait.
Le monde, à cet
instant, semblait réduit à ce cercle de lumière fragile entre la
cendre et la nuit.
Et pour la première fois depuis longtemps,
j’ai senti que la survie pouvait ressembler à une négociation
avec la peur.
[Fin de transmission]

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