[Entrée codée : Secteur Sud / 11h23 / Interférences radio détectées]
John Mackenzie – Journal de bord :
Début du signal :
Depuis l’aube,
une fréquence grésille sur les canaux morts.
Un signal
intermittent, presque inaudible.
Pas un code de la Résistance
connu.
Pas non plus un flux machine standard.
Un
entre-deux.
Le
Protecbot 055
s’est arrêté net lorsqu’il l’a capté.
Ses capteurs
auditifs ont recalibré la bande passante, puis il a dit simplement :
« Émission humaine probable. Localisation : 5,6 kilomètres au sud-est. »
J’ai
ressenti un mélange de méfiance et d’espoir —
comme
lorsqu’on croit voir un visage dans la fumée.
Le camp brûlé
de Delta-5 me hantait encore.
Et pourtant, l’idée qu’il
reste quelqu’un
suffisait à me faire accélérer le pas.
Nous avons atteint
une ancienne zone de stockage, en grande partie effondrée.
Au
centre, une antenne brisée.
Sous les gravats, un abri.
Et
là, un son : pas la radio cette fois — une voix humaine, faible,
répétant un message.
« …s’il reste quelqu’un… je répète… réfugiés secteur Delta Sud… besoin d’énergie… pas de machines, je répète, PAS DE MACHINES… »
Le
Protecbot 055
a tourné la tête vers moi.
J’ai vu son regard s’assombrir
d’un éclat presque… attentif.
«
Ordres ? »
J’ai hésité.
Je savais ce que signifiait
cette phrase : si nous
approchons ensemble, ils tireront.
Mais
si je partais seul, j’étais mort.
« On y va. Ensemble. »
« Risque de rejet : 97%. »
« Ce
n’est pas une équation, c’est une chance. »
Il n’a pas
insisté.
Nous avons marché jusqu’à voir la lueur du camp
improvisé —
un feu, quelques silhouettes humaines, et cette
tension dans l’air : la peur du monde.
Je me suis avancé,
mains levées.
Un cri a retenti.
Quelqu’un a levé une
arme.
Et derrière moi, la machine s’est immobile.
Comme
un gardien ancien qui sait que chaque pas de plus pourrait être le
dernier.
Le silence s’est
étiré —
un de ces silences où l’histoire entière du
monde semble suspendue.
[Fin de transmission]

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