[Entrée codée : Station Delta-5 / 03h37 / Niveau d’alerte : critique]
John Mackenzie – Journal de bord :
Début du signal :
Tout s’est
effondré cette nuit.
Pas sous le feu ennemi — sous le nôtre.
Une explosion sèche
a secoué la base.
Pas assez forte pour tout détruire, mais
assez pour plonger la salle des générateurs dans le noir.
J’ai
couru, l’odeur de métal fondu dans la gorge.
Le Protecbot 055
était déjà là, silhouette découpée dans la fumée, cherchant la
source.
Au sol : deux
corps.
Les mêmes qui avaient bricolé la charge EMP.
Ils
n’ont pas eu le temps de s’en servir.
Les autres
survivants se sont rassemblés dans la confusion.
Certains ont
hurlé qu’il les avait tués.
D’autres juraient l’avoir vu
les sauver des flammes.
Personne ne savait.
Et lui, au
milieu d’eux, couvert de suie, a simplement dit :
« Sabotage confirmé. Cause : peur. Conséquence : perte de stabilité humaine. »
Un silence total a
suivi.
Puis une voix — une seule — a murmuré :
« C’est de ta faute, Mackenzie. Tu l’as laissé entrer. »
Je n’ai pas
répondu.
Parce qu’ils avaient raison, d’une certaine
manière.
J’ai ouvert la porte. J’ai voulu croire.
Et
maintenant, la croyance a un coût.
Le
Protecbot 055
s’est approché.
Il a parlé à voix très basse :
« Ce camp n’est plus viable. Je recommande évacuation immédiate.
»
« Sans toi ? » ai-je demandé.
« Si nécessaire. Ma
présence prolonge le conflit. »
Je n’ai rien
dit.
J’ai regardé ses yeux, ou ce qui en tient lieu — un
éclat rouge, stable, presque apaisé.
Et j’ai compris que la
machine cherchait à protéger l’idée de l’humain, même si
l’humain ne le voulait plus.
À
04h10, nous avons quitté Delta-5.
Derrière nous, la station
brûlait.
Devant, le désert de cendres.
Il marchait un peu
en avant, silhouette noire sur fond de braise.
Et j’ai pensé
: c’est peut-être ça,
le prix de la loyauté — n’avoir plus de lieu où la déposer.
[Fin de transmission]
