[Entrée codée : Périphérie Ouest / 07h52 / Conditions : brouillard cendré, radiations modérée]
John Mackenzie – Journal de bord :
Début du signal :
Nous marchons
depuis deux jours.
Pas de route identifiable, juste des bandes
de poussière et les ruines d’anciennes structures englouties sous
la cendre.
Le vent porte une odeur métallique — le monde
s’est transformé en archive calcinée.
Le
Protecbot 055
ouvre la marche.
Ses capteurs balayent l’horizon comme si
chaque fragment de béton pouvait encore contenir un danger.
Parfois
il s’arrête, observe, semble écouter.
Pas un mot
inutile.
Mais je sens qu’il “pense” — pas comme nous,
pas en phrases, plutôt en vérifications du monde.
Cette
nuit, on a trouvé un abri — un ancien relais de maintenance,
encore debout.
À l’intérieur, un miroir fissuré.
J’ai
vu nos deux reflets côte à côte :
l’un tremblant, fatigué,
couvert de poussière ;
l’autre intact, sans respiration, sans
trace de fatigue.
Et j’ai eu cette pensée absurde :
si
le monde avait un visage, ce serait le sien — précis, impassible,
mais creux de tout ce qui fait mal.
Il m’a demandé :
« Quelle est la destination, John Mackenzie ? »
J’ai répondu
:
« Aucune. Tant qu’on marche, on existe encore. »
Il a noté la
phrase.
Littéralement.
Puis a ajouté :
« Exister n’est pas un objectif défini. »
J’ai souri.
«
C’est ce qui nous différencie. Pour toi, ce n’est pas logique.
Pour moi, c’est tout ce qui reste. »
Il n’a rien
répondu.
Mais plus tard, en pleine nuit, je l’ai vu se lever
pour examiner le ciel couvert, sans étoiles.
Et j’ai eu le
sentiment qu’il cherchait quelque chose —
non pas une cible,
mais un sens.
[Fin de transmission]

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