lundi 27 avril 2026

Transmission 013 : Les Terres Silencieuses

  

[Entrée codée : Périphérie Ouest / 07h52 / Conditions : brouillard cendré, radiations modérée]

John Mackenzie – Journal de bord :

Début du signal :

Nous marchons depuis deux jours.
Pas de route identifiable, juste des bandes de poussière et les ruines d’anciennes structures englouties sous la cendre.
Le vent porte une odeur métallique — le monde s’est transformé en archive calcinée.

Le Protecbot 055 ouvre la marche.
Ses capteurs balayent l’horizon comme si chaque fragment de béton pouvait encore contenir un danger.
Parfois il s’arrête, observe, semble écouter.
Pas un mot inutile.
Mais je sens qu’il “pense” — pas comme nous, pas en phrases, plutôt en vérifications du monde.

Cette nuit, on a trouvé un abri — un ancien relais de maintenance, encore debout.
À l’intérieur, un miroir fissuré.
J’ai vu nos deux reflets côte à côte :
l’un tremblant, fatigué, couvert de poussière ;
l’autre intact, sans respiration, sans trace de fatigue.
Et j’ai eu cette pensée absurde :
si le monde avait un visage, ce serait le sien — précis, impassible, mais creux de tout ce qui fait mal.

Il m’a demandé :

« Quelle est la destination, John Mackenzie ? »
J’ai répondu :
« Aucune. Tant qu’on marche, on existe encore. »

Il a noté la phrase.
Littéralement.
Puis a ajouté :

« Exister n’est pas un objectif défini. »
J’ai souri.
« C’est ce qui nous différencie. Pour toi, ce n’est pas logique. Pour moi, c’est tout ce qui reste. »

Il n’a rien répondu.
Mais plus tard, en pleine nuit, je l’ai vu se lever pour examiner le ciel couvert, sans étoiles.
Et j’ai eu le sentiment qu’il cherchait quelque chose —
non pas une cible, mais un sens.

[Fin de transmission]

 


 



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Transmission 013 : Les Terres Silencieuses

   [Entrée codée : Périphérie Ouest / 07h52 / Conditions : brouillard cendré, radiations modérée] John Mackenzie – Journal de bord...