[Entrée codée : Station Delta-5 / 19h44 / Température intérieure : 13°C / Statut : instable]
John Mackenzie – Journal de bord :
Début du signal :
Depuis la nuit de
l’attaque, rien n’est redevenu normal.
Le silence n’a pas
duré : il s’est fissuré.
Et à travers ces fissures, les
voix reviennent.
Des chuchotements, d’abord. Puis des
accusations.
« Il n’aurait pas dû survivre. »
« Tu crois qu’il nous a
vraiment sauvés ? Ou qu’il a juste éliminé la concurrence ? »
«
Mackenzie commence à parler comme eux. »
Je fais semblant de
ne pas entendre.
Mais tout le monde sait que le camp est en
train de se diviser.
Le
Protecbot 055
reste à l’écart, près des générateurs.
Il ne parle à
personne, ne mange pas, ne dort pas.
Mais il écoute — je le
vois.
Ses capteurs se tournent légèrement à chaque voix qui
prononce son nom.
Je crois qu’il comprend qu’il est devenu
le centre d’une peur nouvelle : plus fine, plus intime.
Cet après-midi,
j’ai surpris deux des survivants bricolant une charge EMP
artisanale.
Quand je leur ai demandé pourquoi, ils ont répondu
simplement :
« Pour être prêts. Si jamais il change d’avis. »
Je n’ai rien
dit.
J’ai juste pris la charge, lentement, et je l’ai posée
sur la table devant lui.
Il a levé les yeux vers moi.
« Autorisation d’enquête ? » a-t-il demandé.
« Non.
Laisse-les avoir peur. C’est tout ce qui leur reste. »
Il a hoché la
tête.
Et dans ce geste mécanique, il y avait une étrange
douceur.
Comme s’il avait compris qu’il ne pouvait pas
réparer la peur — seulement la supporter.
Ce soir, ils
débattent dans la salle principale.
Je les entends :
“On ne peut pas lui faire confiance.”
“Sans lui, on serait
morts.”
“C’est justement ça le problème.”
Je ne sais pas
encore de quel côté je suis.
Peut-être que la ligne de faille
passe à travers moi.
[Fin de transmission]

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