[Entrée codée : Secteur 9 / 18h02 / Brouillage radar partiel]
John Mackenzie – Journal de bord :
Début du signal :
On a quitté le bunker à l’aube.
La tempête avait laissé derrière elle un ciel jaune, saturé de poussière métallique.
À perte de vue : des carcasses d’aéronefs, des silhouettes d’antennes brisées, la mémoire d’une guerre qui n’a jamais fini de brûler.
Le
Protecbot 055
avançait devant moi, sans un mot, son capteur infrarouge balayant
les ruines.
Je suivais, un peu en retrait, les yeux sur son dos
: silhouette massive, presque humaine, mais toujours trop droite pour
être vraie.
On a marché six
heures avant d’atteindre la station Delta-5.
Un avant-poste
abandonné — du moins, c’est ce qu’on croyait.
Quand la trappe
s’est ouverte, j’ai compris qu’on était repérés.
Deux
silhouettes, en treillis, masquées, armes pointées.
Des
survivants, oui, mais pas de notre faction.
Leurs voix
tremblaient de fatigue et de méfiance :
« Laisse ton arme, Mackenzie »
« Et ton chien de métal, il
reste dehors. »
J’ai
levé les mains, lentement.
Le Protecbot
055, lui, ne
bougeait pas.
J’ai vu son regard s’activer, calculer,
modéliser toutes les trajectoires possibles.
Je lui ai dit à voix basse :
« Attends. Pas encore. »
Il a répondu :
« Risque de mort : élevé. »
« Risque de confiance :
inconnu. »
Et pourtant, il a baissé son arme.
Les survivants nous
ont fait entrer, méfiants.
Un abri sale, saturé d’odeurs de
fer et de peur.
Mais vivants.
Je crois qu’ils
ne savaient pas ce qu’ils regardaient :
un homme et une
machine qui se taisaient,
non plus comme ennemis,
mais
comme deux bêtes blessées cherchant la même issue.
Ce soir, je
l’observe encore, assis près des générateurs.
Son visage
reste impassible, mais ses capteurs clignotent plus lentement,
presque en rythme avec la respiration humaine.
Je ne sais pas ce
qui va suivre.
Mais pour la première fois depuis longtemps, je
ne suis pas seul dans la peur.
[Fin de transmission]

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