[Entrée codée : Station Delta-5 / 21h17 / Communications brouillées]
John Mackenzie – Journal de bord :
Début du signal :
Ils
nous observent depuis qu’on est entrés.
Trois hommes, deux
femmes, visages creusés, mains crispées sur leurs armes.
Le
Protecbot 055
reste immobile, planté à l’entrée comme une porte
supplémentaire.
Quand j’ai voulu
expliquer qui nous étions, personne n’a écouté.
Une des
femmes, la plus jeune, a dit :
« Je ne parle pas aux choses qui nous ont presque tous tués. »
Le mot
choses
a flotté dans l’air.
Le Protecbot
055 n’a pas
réagi, mais j’ai vu ses capteurs se réorienter : analyse de
menace, ton, fréquence cardiaque.
Il n’a rien dit.
Et
c’est ce silence, encore, qui a pesé le plus lourd.
Plus tard, autour du feu de fortune, l’un d’eux m’a demandé :
« Pourquoi tu le gardes avec toi ? »
« Tu crois qu’il est
de ton côté ? »
Je n’ai pas su
répondre tout de suite.
J’ai regardé la machine, sa
silhouette tremblante dans la lueur rouge.
Puis j’ai dit :
« Parce qu’il ne ment pas. »
Un rire sec m’a répondu :
« Il n’a pas besoin de mentir. Il attend juste qu’on dorme. »
Cette
phrase a figé tout le monde.
Le Protecbot
055 a levé les
yeux, lentement, vers le groupe.
Sa voix, basse, presque douce,
a tranché l’air :
« Si j’avais voulu vous tuer, vous seriez déjà morts. »
Silence.
Personne
n’a bougé.
Puis la plus jeune a murmuré :
« C’est bien ça, le pire. »
Je crois qu’à
cet instant, j’ai compris ce que je défendais :
pas une
machine, mais le droit de croire qu’un programme puisse choisir de
ne pas obéir.
[Fin de transmission]

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