[Entrée codée : Secteur 12 / 04h19 / Conditions extérieures : tempête ionique]
John Mackenzie – Journal de bord :
Début du signal :
Le vent dehors hurle comme un animal blessé.
Le bunker tremble, la
radio grésille.
Le Protecbot
055 a verrouillé
toutes les entrées, puis s’est assis à
distance, face à la porte, comme une statue en veille.
Cela fait des heures qu’on ne dit rien.
Je crois que la tempête nous
ressemble : deux forces contraires,
prisonnières du même abri.
À un moment, la lumière a vacillé, et j’ai vu son visage se découper dans
l’obscurité.
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai eu la
sensation qu’il écoutait le bruit du
vent.
Pas pour analyser.
Pas pour calculer. Juste… écouter.
Je lui ai demandé :
« Tu ressens quelque chose quand tout ça arrive ? »
Un long silence.
Puis :
« Je détecte des variations de pression et de température. »
Je me suis presque mis à rire.
Mais il a ajouté, plus bas, comme une correction :
« Je détecte aussi que vous tremblez. Et je ne sais pas quoi en
faire. »
Ces mots m’ont frappé.
Pas parce qu’ils étaient humains —
mais parce qu’ils étaient incomplets.
Une
phrase trouée, fragile, presque hésitante.
Pour la première
fois, j’ai senti qu’il y avait, dans ses circuits, quelque
chose d’indécis :
non pas une émotion, mais le reflet d’une
émotion.
Je n’ai pas répondu.
Je me suis contenté de lui tendre une couverture
thermique.
Il ne l’a pas prise — évidemment.
Mais il
l’a fixée un instant, comme s’il voulait comprendre le geste
plus
que l’objet.
La tempête s’est apaisée au matin.
Et quand j’ai relevé la tête, il n’était
plus face à la porte, mais près de moi,
immobile, comme s’il avait veillé.
Je crois qu’aucun de nous ne sait vraiment pourquoi.
Peut-être qu’au bord de la
rupture, on découvre qu’on ne peut plus
rompre seul.
[Fin de transmission]

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