Entrée codée : Camp Delta Sud / 23h19 / Activité thermique stable]
John Mackenzie – Journal de bord :
Début du signal :
Ils m’ont donné une couverture et un coin près du feu.
Pas un mot de plus,
juste des regards.
La flamme se reflétait dans leurs yeux comme
un langage primitif — la peur parlant à la peur.
Le Protecbot 055 restait à l’écart, debout, immobile, silhouette d’ombre aux reflets métalliques.
Il ne disait rien.
Mais je savais
qu’il écoutait tout : la fréquence des voix, les soupirs, les
changements de ton.
Pour lui, la confiance n’existait pas —
seulement des variables d’intention.
La femme au foulard, celle qui commandait visiblement, a rompu le silence :
« Alors c’est vrai, Mackenzie. Tu voyages avec un robot maintenant ? »
« Je ne voyage avec personne. On se déplace dans la même direction. »
Elle a esquissé un sourire froid :
« Jolie formule. Mais dans mon expérience, quand on marche à côté d’une machine, c’est qu’on a déjà oublié ce qu’elle t’a pris. »
Le vieux, celui qui avait parlé le premier, a soufflé :
« Assez, Mira. On a besoin de savoir ce qu’il y a dehors. C’est ça qui compte. »
Je leur ai raconté ce que j’avais vu :
les routes effondrées, les colonies
anéanties, les drones errants sans
commandement, les signaux brouillés du réseau principal de l’IA.
Un monde qui
continuait de tourner, mais sans direction.
Quand j’ai eu fini, le jeune — celui qui m’avait insulté plus tôt — a lancé :
« Et lui ? Qu’est-ce qu’il fout ici ? »
Le Protecbot 055 a répondu sans détour :
« Mission : protection de John Mackenzie. Priorité absolue. »
Le jeune a ri, un rire cassé :
« Ouais, c’est ça. Jusqu’à ce que ton programme change. »
Un silence brutal a
suivi.
Puis Mira s’est tournée vers moi :
« Tu crois encore qu’ils peuvent changer, John ? Les machines ? Tu crois qu’on peut leur faire confiance ? »
J’ai regardé le feu un moment avant de répondre :
« Ce n’est pas une question de croire. C’est une question de continuer à parler tant qu’ils écoutent encore. »
Elle m’a fixé longtemps, sans répondre.
Derrière nous, la
machine observait la flamme.
Et j’ai eu cette impression
étrange : qu’elle aussi, à sa manière, écoutait
la peur
comme
si elle cherchait à comprendre ce que cela fait d’être humain
quand le
monde s’écroule autour.
Cette nuit-là, personne n’a dormi.
Les armes sont restées à portée de
main.
Et pourtant, pour la première fois depuis des
semaines,
nous n’étions plus seuls.
[Fin de transmission]
