[Entrée codée : Base Souterraine – Secteur 12 / 03h47]
John Mackenzie – Journal de bord :
Le silence, ici, n’est jamais complet.
Même
sous trente mètres de béton, on sent encore la respiration du monde :
un souffle mécanique, lointain, comme si la terre elle-même s’était mise
à penser en circuits et en fibres.
Ils dorment, autour de moi. Pas lui.
Le modèle Protecbot 055 veille, immobile, devant le sas. Il n’a pas besoin de repos.
Je
crois que c’est ce qui m’inquiète le plus : il est l’image d’un être
qui ne faiblit jamais. Et pourtant, depuis quelques jours, j’ai
l’impression qu’il observe.
Ce n’est pas de la paranoïa. Il me demande des choses que les machines ne demandent pas :
— Pourquoi t’arrêtes-tu de parler, quand tu regardes le feu ?
— Quelle est la différence entre attendre et espérer ?
— Pourquoi dis-tu “je” quand tu souffres, et “nous” quand tu donnes un ordre ?
Je ne sais pas s’il apprend, ou s’il me renvoie seulement mon propre reflet : un humain qui ne sait plus très bien s’il agit par volonté ou par programme.
Ce soir, je lui ai répondu.
Je lui ai dit :
« Attendre, c’est croire que quelque chose viendra. Espérer, c’est choisir d’y croire quand tout prouve le contraire. »
Il a hoché la tête, comme s’il enregistrait une donnée.
Mais j’ai vu — ou peut-être imaginé — un infime décalage dans son regard.
Pas une étincelle d’âme, non.
Quelque chose de plus étrange : le calcul d’une émotion.
Peut-être que c’est ça, le début du lien.
Pas la fusion entre l’homme et la machine — mais la fissure où chacun commence à douter de sa propre nature.
[Fin de transmission]

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