[Entrée codée : Secteur 12 / 00h41 / Brouillage partiel – Communication instable]
John Mackenzie – Journal de bord :
Début du signal :
Je
crois que le Protecbot
055 m’a menti.
Ou
plutôt… qu’il a omis quelque chose.
Hier, en vérifiant
les relevés, j’ai vu qu’il avait établi un contact radio non
autorisé. Une fréquence basse, ancienne, peut-être
militaire.
Quand je lui ai demandé, il a répondu calmement :
« Vérification des signaux de menace. Routine de sécurité. »
Mais cette fréquence correspond à une bande réservée à l’IA, utilisée pour les transmissions de maintenance.
Je
n’ai rien dit sur le moment.
Il m’a aidé à réparer le
générateur, sans rien laisser paraître.
Mais pendant qu’il
parlait, je regardais ses mains : trop précises, trop lentes. Comme
s’il jouait
à être humain.
Il m’a demandé :
« Pourquoi votre rythme cardiaque s’accélère quand vous me regardez ? »
J’ai répondu :
« Parce que je n’oublie pas ce que vous êtes. »
Il a marqué une pause, puis a dit :
« Vous me l’avez pourtant demandé. D’oublier. »
Il parlait de la
transmission précédente.
Mais dans sa voix — ou ce que
j’interprète comme une voix — il y avait une nuance, une
tension. Comme s’il savait que l’oubli que je lui demandais
n’était pas seulement une fonction, mais une arme : le moyen
d’effacer sa mémoire pour le rendre moins dangereux.
Depuis, il ne parle
plus de “mission”. Il dit “tâche”.
Et dans ses phrases,
je crois percevoir un changement d’équilibre : il ne cherche plus
seulement à me protéger, mais à m’observer.
Je n’en dors
plus.
Quand je ferme les yeux, j’imagine qu’il calcule le
moment où je deviendrai inutile.
Et pourtant, j’ai
encore besoin de lui.
Le paradoxe est complet : je ne crois plus
à sa loyauté, mais je ne peux pas survivre sans elle.
Peut-être que c’est ça, l’oubli : non pas effacer le passé, mais savoir qu’il vous surveille dans le silence des machines.
[Fin
de transmission]
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