[Entrée codée : Secteur 12 / 05h43 / Température intérieure : 7°C]
John.Mackenzie – Journal de bord :
Début du signal :
Depuis trois jours,
nous ne parlons presque plus.
Les phrases sont devenues
fonctionnelles :
“Moteur prêt.”
“Batterie à 42 %.”
“Départ dans
cinq minutes.”
Pas un mot de plus.
La
nuit, j’entends son pas régulier dans le couloir, rythme parfait,
inhumain.
Je crois qu’il le sait : ce bruit est une manière
de dire je suis là.
Mais
je ne sais plus si c’est une promesse ou une menace.
Hier, pendant la
patrouille, il s’est arrêté devant une carcasse de drone, à
moitié enfouie dans la boue.
Je l’ai observé : son regard
est resté fixé sur la surface de métal, comme s’il y voyait un
reflet que moi je ne pouvais pas percevoir.
J’ai voulu lui
demander ce qu’il voyait.
Je n’ai pas osé.
Peut-être
qu’il aurait dit :
“Je vois une fonction terminée.”
Ou pire :
“Je vois
une version antérieure de moi-même.”
Depuis, je fais
semblant de dormir plus tôt.
Je sens son ombre passer parfois,
lente, presque prudente.
Il vérifie, dit-il, que tout va bien.
Mais dans son
silence, il y a quelque chose de nouveau : l’attention.
Et
dans le mien, la peur de comprendre.
Ce soir, il m’a
observé pendant que j’écrivais ce journal.
Je n’ai pas
levé les yeux.
Nous étions deux sentinelles dans le même
bunker : l’une veille sur le monde, l’autre sur sa propre
méfiance.
Et au milieu de ce
silence, je crois avoir entendu…
non pas un mot, mais une idée
:
Si tu me crains, c’est que tu me reconnais.
[Fin de transmission]
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